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20/02/2013

Mangez du cheval ! par Daniel Zenner


J'étais, vendredi dernier, dans la cave du beau frère en train de découper une génisse croisée charolaise-limousine bio, quand le voisin vint nous apprendre la nouvelle: les Français ont massivement fait ingurgiter aux Anglais, à leur insu, de la viande de cheval à la place de viande de bœuf. Mon large couperet inox plongea alors dans la viande pour séparer en un geste précis deux larges et épaisses côtes, grasses et persillées à souhait. " C'est dans les hachis-parmentier et les lasagnes surgelées" ajouta notre visiteur...



Mangez du cheval ! par Daniel Zenner
D'abord, sans trop m'étonner de la nouvelle, j'ai ri. Les Anglais nous affublent facilement des doux sobriquets de "mangeurs de limaces et de grenouilles". Les Français, eux nomment sans complexe les Anglais de "rosbifs" (présentement de cheval...) Les Français, par l'intermédiaire des puissantes mafias internationales de la bidoche et d'industriels sans scrupules viennent de déclarer à nouveau la guerre à l'Angleterre en faisant consommer à ses habitants un de leur animal de compagnie préféré, érigé dans ce pays, en véritable demi-dieu. Nous avons donc dupé l'Anglais et cela risque de raviver quelques vieilles querelles Moyenâgeuses, de la guerre de cent ans à notre pucelle, qui bouta les Anglais hors de France!

Mais me voici rassuré: la tromperie générée par l'industriel français n'est pas ciblée envers nos voisins d'Outre-manche car la fraude est décelée et avérée dans plusieurs pays européens. Les Anglais, qui ne font pas partie de l'Europe économique, se sont bien fait avoir. Après tout, ils nous font bien manger leurs moutons...

Mais dans cette histoire, qui a été dupé?
Car il s'agit bien de cela. Une tromperie sur la qualité de la marchandise et une fraude envers la sacro-sainte traçabilité dont les louanges sont psalmodiées en toute circonstance depuis la vache folle. Rappelez-vous, un jour des techniciens de l'agro-alimentaire, avec la bénédiction des autorités sanitaires et des sommités de l'industrie de la viande ont donné à manger à des herbivores, des granulés de leurs propre congénères. Certains agriculteurs, dernier maillon de la chaîne, conseillés par le contrôleur laitier, n'ont même jamais lu les étiquettes de la composition des granulés engrangés dans leur silo offert gracieusement par le fournisseur d'aliments pour bétails. Ce n'était pas le premier scandale lié à la mafia de la bidoche et ce ne sera pas le dernier.
Dans cette affaire, le consommateur est trompé. Certes, le steak est dur à digérer pour les amis de la plus belle conquête de l'homme. Certains individus ont dû cauchemarder, voir même aller souvent aux toilettes. Si dans cette affaire, la responsabilité est à chercher du côté du vendeur, elle l'est aussi à trouver du côté du consommateur car celui-ci n'avait qu'à pas acheter, micro-onder, puis ingurgiter cette nourriture industrielle surgelée. Reportée à un prix au kilo, cette bouffe industrielle congelée est hors de prix, insipide, trop grasse, trop salée, bourrée de E et, comme révélée en plein jour en ce vendredi de février, peu sûre. La belle image sur la boîte n'est déjà pas celle qui correspond au plat (suggestion de présentation ou photo non contractuelle) De plus aujourd'hui, l'étiquette mentionnant la composition du hachis-parmentier est fantaisiste. La fraude est tellement énorme qu'elle paraît - à priori- impossible!
Oui, le consommateur de bouffe industrielle est aussi responsable. Car, par son acte d'achat, il donne aux initiateurs et concepteurs de cette malbouffe chère, un véritable bulletin de vote, un "sésame ouvre-toi" pour que continue à prospérer la mafia de la barbaque, un "laissez-passer européen" pour que toute une filière continue à élever, abattre, transformer la bidoche n'importe où et n'importe comment. Ceux qui salivent devant les linéaires des surgelés des hyper-marchés sont souvent les mêmes qui fréquentent les innombrables chaines de restaurations rapides, dont les scandales à répétition ne les effrayent plus, un peu comme des oiseaux habitués à la présence d'un épouvantail de jardin et nichant finalement dans une de ses manches. On le sait depuis belle lurette, la viande hachée industrielle surgelée est une énorme fumisterie, un scandale permanent. Quelquefois, quand elle n'est pas remplacée dans des plats par de la viande de cheval, elle peut tuer (Dans des hard-discount l'an dernier) L'acheteur de viande hachée doit savoir que les boucheries industrielles n'emploient pas pour réaliser un pavé sanguinolant "pur bœuf" de la génisse charolaise, de la bonne limousine, de la fière salers libre et heureuse ayant broutée l'herbe des plateaux de l'Aubrac. et encore moins du bœuf; bestiole en voie de disparition car ceux-ci ne sont plus utiles pour tracter les charrettes. Pour tirer les prix vers le bas et s'assurer les meilleures marges possibles, les bovins sont en fait de vieilles vaches de réforme n'étant plus rentables, ayant passées la plupart de leur vie attachées, bourrées d'antibiotiques, nourries de soja brésilien et de maïs transgénique, conduites à l'échafaud au bord de l'épuisement. Ces bêtes de somme ont légalement droit à l'appellation bœuf. Et que dire des matières grasses pour gonfler le steak, ou l'ajout de cervelle ajoutée dans ses hamburgers, avant la vache folle, par une firme mondiale de restauration rapide qui se vantait du moelleux de ses préparations? Cette chaine mondiale de restauration rapide ne mentait d'ailleurs aucunement car ses steaks étaient bien "pur bœuf"
Oui, le consommateur de ces saloperies industrielles est responsable. Pourquoi ne pas manger moins de viande, mais de meilleure qualité? Faire confiance à son boucher du village ou du quartier pour qu'il vous conseille? Fréquenter des restaurants, du plat du jour au menu gastronomique, dans un établissement sérieux dont le chef de cuisine est souvent le patron? Acheter dans des AMAP, des groupements de paysans, des ventes à la ferme ou sur des marchés locaux directement auprès des producteurs? Privilégier l'économie locale, les produits de votre région? Et lire un peu mieux les étiquettes des viandes sous emballage plastique, reposant sur un suaire de papier absorbant les lymphes dans un sarcophage blanc en polystyrène car, la vache n'est pas un bœuf et c'est écrit noir sur blanc. Pourquoi ne pas se remettre à cuisiner? Et boycotter la bouffe industrielle? Exiger de sa cantine un minimum de respect du mangeur et du produit? Sauvegarder son capital santé par une alimentation saine dont on connaît son histoire?

Mais qui est donc le deuxième perdant dans cette affaire chevaline?
Les gens qui nous protègent et veulent notre bien sanitaire, ceux qui font des lois et des amendements, mettent en place des taxes et protocoles, des contrôles et des documents administratifs. Car les sbires des diverses institutions d'Etat, impliqués dans ce scandale se sont laissés doubler, voir même ridiculiser. Après la vache folle, la tremblante du mouton, le virus des volailles H5N1 ou les autopsies des saumons de Norvège, notre bonne mère à tous, nous a assurés que tout rentrerait dans l'ordre et que désormais, la traçabilité serait sans faille. Arrêtons d'embêter les petits producteurs avec des règlements sanitaires inadaptés à leurs structures et trop onéreuses pour leur permettre de vivre de leur activité. Les lois sanitaires gérant la production de charcuteries ou de fromages à la ferme ne doivent pas être les mêmes que celles imposées aux usines de transformation.
Alors je me marre car les industriels de la malbouffe vont encore nous régaler de juteux scandales. Mais tous ces gens qui décident sont en état d'alerte. Je les ai vu à la télé, hier, entre la démission du pape et la météo. Ils étaient armés de mallettes resplendissantes, souriants devant les caméras, l'air dégagé et bien nourris, ouvrant des portes vitrées de building, prêts à pourfendre le petit coquin qui a osé les tromper. Allez... vous prendrez bien une petite amende... et vous jurerez de ne point recommencer? Et puis après tout, on va oublier...
Imaginez maintenant un seul instant ce scénario: les mêmes vendeurs de bidoches frelatées ont remplacé la viande de veau par celle de porc, trois fois moins chère. Les mêmes grosses boites de produits surgelés qui approvisionnent l'Europe ont toutes développées une gamme Halal, imaginez...

Puis je relativise: il n'y a pas mort d'homme. Le scandale est à la Une des journaux, fait les choux gras des médias qui omettent de parler que dix mille enfants meurent chaque jour de faim et des suites de malnutrition dans le monde. Eux, ils auraient bien aimé en manger du hachis-parmentier surgelé, même au vieux et fidèle cheval Roumain abandonné à l'abattoir pour cause de réforme du code de la route.

Mais qui a et qui va trinquer dans cette histoire chevaleresque?
D'abord les chevaux. Je nourris tous les jours mon âne et ma jument blanche et jubile quand je vois Léa partir sur son dos. Complicité millénaire entre l'homme et le cheval, oui, je ne mange pas de viande d'équidés et n'aurais pas voulu qu'on m'en fasse manger à mon insu. Pour les Anglais et les amateurs de bouffe industrielle, tant pis pour eux, ils l'ont bien cherché!
Ensuite, les agriculteurs, plutôt les paysans vont déguster. Afin d'éviter de nouvelles fraudes et de ridiculiser ainsi ceux qui veillent à la santé publique, l'étau des lois va se resserrer et les petits éleveurs vont à nouveau trinquer. Le mois dernier, des bergers sont descendus de leurs montagnes avec leurs bêtes à Saint-Etienne pour manifester. Si l'Europe ne prend pas les bonnes résolutions, il n'y aura bientôt plus de moutons sur les pâturages d'estive de notre douce France et nous seront tous obligés de manger du mouton...anglais et new-zélandais! La faute au prix des céréales dont le prix est décidé à la bourse de Chicago mais aussi aux lois sanitaires idiotes inapplicables à un micro-élevage respectueux de l'environnement. Aujourd'hui, nos animaux de compagnie doivent être pucés. Au nom de la traçabilité, mon cochon doit être marqué, mes chèvres vaccinées, mon cochon d'Inde répertorié, et mon hamster bientôt dûment enregistré. Mon voisin possède quelques moutons nains. Il doit, dans la semaine suivant la naissance d'un agneau, installer une étiquette jaune fluo avec des chiffres sur chacune des oreilles. Ces imposantes "cartes d'identités" sont inadaptées pour les oreilles de ces petits animaux car celles-ci se déchirent et laissent s'égarer les boucles. Le vétérinaire se marre.
Suite au scandale de la vache folle, l'enlèvement de la colonne vertébrale est obligatoire sur le bœuf. Elle est facturée par bête 80 €. Je suis certain que les tests ADN sur des viandes hachées vont bientôt êtres obligatoires et devinez qui va payer ? Le consommateur final pardis ! Et les gros bidochards qui achètent des milliers de tonnes de carcasses continueront à réaliser les mêmes marges.

Alors consommateur résistez! C'est par votre acte d'achat que les choses peuvent changer, car si vous n'en prenez pas conscience aujourd'hui, les industriels de la malbouffe ont encore de beaux jours devant eux. Et quand sur les Hautes Chaumes de nos Ballons des Vosges ou sur les grasses prairies des Rieds, il n'y aura plus de vaches pour entretenir nos paysages et nous gâter de Munster et Bargkass au lait cru, vous n'aurez plus que les yeux pour pleurer!

Par Daniel Zenner


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