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27/03/2020

Jacqueline Riedinger-Balzer "Il faut tenir le confinement et faire preuve de résilience."


Jacqueline Riedinger-Balzer est présidente de la fédération des bouchers-charcutiers d’Alsace et présidente de la Confédération internationale de la boucherie et de la charcuterie (CIBC), qui regroupe plus de 150 000 entreprises artisanales de boucherie et de charcuterie, soit un million de salariés. En 2019, c’est la première femme élue à ce poste depuis 1907.

En Alsace, Jacqueline Riedinger-Balzer à la tête d’une PME familiale, la boucherie-charcuterie-traiteur Riedinger-Balzer, fondée en 1960, qui se décline en trois boutiques situees à Vendenheim, Mundolsheim et La Wantzenau.

La commerçante apporte son témoignage sur les effets liés au confinement sur son activité. Elle souligne l’importance des commerces de proximité et leurs sources d’approvisionnements locaux. Les chefs d’entreprise doivent savoir s’adapter et innover et revoir leur stratégie commerciale à moyen terme, si d’autres épisodes venaient à se reproduire.
3 questions à Jacqueline Riedinger-Balzer



Jacqueline Riedinger-Balzer "Il faut tenir le confinement et faire preuve de résilience."
Jacqueline Riedinger-Balzer "Il faut tenir le confinement et faire preuve de résilience."

Comment travaillez-vous depuis le confinement ?

"Pour le moment, nous avons de la chance, nous sommes très peu impactés en termes de chiffre d’affaires, nous travaillons bien. Avant le confinement, nos clients sont venus faire des stocks, achetant des viandes fraiches et beaucoup de plats cuisinés. Le ticket moyen avait même doublé. Nous faisions 4 fois notre chiffre journalier, c’était de la folie. Depuis le confinement, nous avons observé une évolution : il y a moins de clients, mais ils achètent plus. Ils s’approvisionnement pour plusieurs jours et le panier moyen est toujours plus élevé. Mais les produits achetés sont simplifiés avec de la volaille, des knacks, du jambon ou de la viande hachée. Nous constatons que nos clients cuisinent et orientent leurs achats pour les enfants. Nous avons encore des plats préparés pour les cadres en télétravail, mais nous avons diminué la fabrication des plats du jour.

L’an dernier, à Vendenheim, nous avons installé notre nouvelle RIBABOX accessible 24/24h. La RIBABOX (néologisme, contraction de RIedinger + BAlzer + Boxe) est un distributeur de produits cuisinés sous vide avec DLC. Elle est située à l’arrière de la boutique et elle rassure les clients qui ne souhaitent aucun contact et ne pas entrer dans la boutique. Elle contient 35 produits (tourtes, viandes, plateaux traiteur)

Côté sécurité, nous appliquons bien sur des gestes barrières et nous avons installé des parois en plexis de plus d’un mètre de hauteur au-dessous des comptoirs de vente. Nous limitons l’entrée en boutique à 3 ou 5 personnes. Nos collaborateurs portent des masques et des gants. Mais certains sont anxieux et sont en arrêt maladie. C’est la raison pour laquelle, nous avons temporairement fermé la boutique de la Wantzenau les après-midis, même si la clientèle est au rendez-vous.

Tous les matins, j’ai la boule au ventre, qui sera absent ? Il faut des ressources pour manager, gérer l’angoisse de nos salariés, de nos clients mais aussi de nos familles. La peur est mauvaise conseillère. Il faut tenir. La vie ce n’est pas une course de vitesse, mais une course de fond. Il faut tenir la durée du confinement avec des nerfs solides. Il faut faire preuve de résilience."
La Ribabox accessible 24h/24h
La Ribabox accessible 24h/24h

Une réaction sur l’édito de Jean-François Guihard ,l’absence de reconnaissance des artisans et la fermeture des marchés ?

"Nous sommes précipités tous ensemble dans une situation totalement inédite, elle nous demande sang-froid, respect, bienveillance, patience, solidarité et un grand sens du SERVICE.

On constate que les bouchers-charcutiers-traiteurs n’ont pas tous été impactés de la même manière selon les régions, la géolocalisation (ville/campagne) et les ressources d'activités. Tous ceux qui travaillent avec les cantines scolaires, la restauration commerciale, les collectivités et les traiteurs-événementiels ont été les premiers et les plus durement touchés.

La fermeture des marchés est préjudiciable. Pourtant, les commerçants avaient trouvé des parades. Ils ont innové en termes de sécurité, avec des plexis, des plastiques de protections, des barrières pour faire entrer au compte-gouttes, les passants, comme dans les supermarchés. Les marchés sont quadrillés, les images de TV ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. Les artisans sont capables de trouver des solutions et de s’adapter et avec de la bonne volonté, tout peut très bien se passer.

Je partage l’indignation de Jean-François Guihard. C’est très grave de nous avoir oubliés, c’est comme si on n’existe pas, cette idée est insupportable.
Jacqueline Riedinger-Balzer "Il faut tenir le confinement et faire preuve de résilience."

Comment voyez-vous l'après-coronavirus ?

"Nous devons conforter le rôle des commerces de proximité et les choix d’approvisionnements locaux pour ne pas dépendre du bout du monde. Nos commerces de proximité ont servi une nouvelle clientèle que nous espérons fidéliser et tisser avec elle un lien durable et de confiance.
Il faudrait arrêter de créer des zones commerciales et aider davantage à la réimplantation des commerces de proximité avec un circuit d’approvisionnement court et de proximité. On craignait la fermeture des abattoirs, mais les élevages sont programmée dans la continuité.

Le coronavirus est une leçon d’humilité également.
Il a balayé nos certitudes, nous ne sommes ni intouchable ni invulnérables ? Pour l’avenir et en cas de nouvel épisode, nous serons mieux armés. Il faudra tirer des leçons de cette expérience.

Nous devons toujours faire preuve de solidarité et nous entraider. Dans notre village, nous avons un jeune chocolatier qui démarre Jérôme Kuster. Il a dû fermer sa boutique le temps de trouver une solution pour travailler et s’en sortir, car il n’a pas droit au dispositif du chômage partiel. Je lui ai proposé de vendre ses chocolats de Pâques dans notre boucherie.

Notre ministre du travail promet une reprise incroyable à la levée du confinement, elle est convaincue d’un rebond, d’un état d’esprit des Français disposés à profiter et dépenser, sortir, se divertir et bien-vivre. Pourvue qu’elle ait raison."

Propos recueillis par Sandrine Kauffer-Binz





Pour aller plus loin voici un extrait de l‘édito de Jean-François Guihard

Dans sa lettre ouverte, Jean-François Guihard Président de la Confédération Française de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs (CFBCT) s’exprime au nom des 80 000 Bouchers-charcutiers, artisans et salariés, mobilisés au service de la Nation.
« Vous êtes des héros anonymes, silencieux, généreux, (…) qui permettent aux Françaises et aux Français de continuer de se nourrir, chez eux, seuls ou en famille, en sécurité.

Il adresse un message de colère, vers une reconnaissance de la mobilisation des acteurs de la grande distribution, en les oubliant, passant par la fermeture des marchés qui tue les producteurs et les artisans de proximité et s’indignant sur les gestes barrières non respectés sur les étals des GMS, où chacun peut toucher et reposer des produits, contrairement aux marchés et petits commerces, où tout a été sécurisé. Un service de proximité, en partenariat avec les agriculteurs toute l’année et bien utile à la vie d’un quartier et en solidarité aux personnes isolées. C’est le maillon d’un équilibre, d’une sociabilité.

Les artisans bafoués au profit de la Grandes Distribution

« Durant cette crise, nous, artisans, commerçants de proximité et nos salariés, sommes en première ligne face à l’épidémie. Et pourtant, alors que nous traversons une crise sans précédent, le Gouvernement semble avoir fait le choix de sacrifier nos entreprises de proximité au profit de la Grande Distribution (…) bafouant, je pèse mes mots, des milliers de femmes et d’hommes .(…) « Je le cite : « ce qui s’est passé dans les grandes et moyennes surfaces est absolument remarquable. Je veux vraiment saluer les patrons de ces grandes surfaces avec lesquels je suis en relation quotidienne. […] Je veux saluer le patriotisme alimentaire dont font preuve les grandes surfaces ». De notre côté, pas un appel du ministre. Silence radio.

Les marchés plus sécurisés que les GMS

« La fermeture des marchés alimentaires de proximité, sans nous consulter, et alors que de nombreux dispositifs sécurisant la venue des consommateurs ont été mis en place par les artisans, est du même acabit. Un hypermarché accueillant de nombreux clients, qui touchent aux produits, qui les remettent en rayon avant que d’autres ne les prennent, qui parfois même viennent purement et simplement s’y promener, est-il plus sûr qu’un marché filtrant les entrées, appliquant les gestes barrières, où seuls les artisans et commerçants ne touchent aux produits ? J’appelle les maires, qui connaissent leurs marchés et leurs commerçants, à solliciter les préfets, afin de rouvrir, dès que possible, ces lieux essentiels de la distribution alimentaire. Avec les marchés, nos commerces alimentaires de proximité sont la solution à toutes celles et ceux qui ne peuvent pas, et surtout qui ne veulent pas, se rendre dans les hyper et supermarchés !

Le rôle social, économique et durable des commerces de proximité

Je voudrais également rappeler au Gouvernement que la France a la chance incroyable de bénéficier d’une remarquable diversité alimentaire, tant au niveau de sa production que de sa distribution et les différents modèles sont complémentaires. Les commerces alimentaires de proximité sont un vecteur incontournable en produits frais, de qualité et qui contribuent à un bon équilibre alimentaire.
Enfin, les professionnels des « métiers de bouche », sont des fidèles soutiens des agriculteurs français et de leurs filières, pas uniquement pendant la crise que nous traversons, mais bel et bien tout au long de l’année. Ce sont eux les véritables héros du patriotisme alimentaire.

« Nous sommes au plus près du domicile de chacun, notamment des personnes isolées et vulnérables qui ne possèdent pas toujours un moyen de locomotion, artisans et commerçants s’adaptent à la situation et proposent : livraisons à domicile, commandes par mail, par téléphone, sur les réseaux sociaux ou sites internet, mise en place de services de « click and collect », achats via des casiers réfrigérés, horaires adaptés… Un service sûr et sur-mesure.
Pensez-vous sérieusement qu’une grande enseigne ira livrer, parfois à des kilomètres, une tranche de jambon à une personne isolée ? »

Par Jean-François Guihard


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