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31/03/2020

Clarisse Sibler : "Tant que la santé nous préserve on continue"


Surnommée " "Madame Asperges" Clarisse Sibler, agricultrice à Sigolsheim, commercialise ses produits, dans son magasin « la ferme de Clarisse ». En 2016, elle complète son offre avec son restaurant l’auberge des 3 Alsaciennes, fermé administrativement pour cause du Covid-19
Lors du confinement, les producteurs et commerçants font preuve d’adaptabilité et réactivité ingénieuses, développe des solutions d’entraides et innovent en marketing.

Si le confinement engendre l’individualisme, le coronavirus est source de de nouvelles synergies solidaires, d'élans de générosité, avec la résurgence des valeurs fondamentales, valorisant la famille, en épicentre de toutes nos priorités. Personne ne s’en sortira "indemne". Chacun, fort de son introspection, repositionne ses essentiels.



Clarisse Sibler dans ses champs
Clarisse Sibler dans ses champs

« Le jour où le confinement a été décrété, les premières asperges ont pointé le bout de leur nez », se souvient-elle. Alors que l’agricultrice avait développé une stratégie pour gagner en précocité sur la saison, voici qu’elle fait machine arrière de toute urgence pour freiner et retarder leur venue.

« Nous avons déjà commercialisé 400 kg d’asperges, mais nous devons retarder leur arrivée. Habituellement, les asperges sont couvertes de bâches noires et d’un filet thermique qui créent un effet de serre, et précipitent leur extraction. Aujourd'hui, nous débâchons. Nous avons mis d’urgence en place le processus. On lutte contre la nature. Mais, la nature reprend vite ses droits. »
On retire les bâches sur les asperges
On retire les bâches sur les asperges

S’adapter et se réorganiser

« Il nous faut un temps pour nous réorganiser », reconnaît-elle, «car le confinement et les fermetures des frontières nous ont privés de notre main-d’œuvre qualifiée, qui venait chaque année des pays de l’Est. Nous avons la chance d’avoir reçu 300 candidatures pour venir travailler, mais il va falloir prendre le temps de les former. Et les former avec une belle distance de sécurité est plus long aussi, mais on va y arriver, ils sont plein de bonne volonté. Un bon cueilleur peut couper entre 10 à 15 kg par heure. Il faut compter environ une bonne semaine de pratique pour acquérir correctement le geste technique.

Ma priorité a été de sécuriser les collaborateurs.

«Mon voisin Jean-Marc, menuisier à la retraite, a construit en une nuit, une armature pour dresser des plexis. Il a fait preuve d’une solidarité et d’une générosité incroyable et je l’en remercie.




Une vitre en plexis a été installée devant la caisse
Une vitre en plexis a été installée devant la caisse
Les fidèles clients des environs sont au rendez-vous. Ils me disent «bonjour Clarisse » mais, masqués, je ne les reconnais plus », sourit-elle. «Ils sont disciplinés et ils entrent par 10 maximum. Nous avons aussi organisé une entrée et une sortie différenciées, pour qu’ils ne se croisent pas. Avant, ils se servaient sur les étals, aujourd’hui, ce n’est plus possible, il faut les servir et certains produits sont déjà emballés. »

Perte d’une clientèle et nouveaux points de vente

« Les restaurants ont fermé, les marchés et les frontières. Il va nous manquer les Belges, les Suisses, les Vosgiens, une clientèle qui parfois venait de loin pour faire le plein. Ma fille Pauline travaille sur de nouveaux points de vente. Notre "Drive" sera actif à partir de ce jeudi 2 Avril et le retrait des commandes se fera sur la terrasse de notre Restaurant "Les 3 Alsaciennes", juste à côté de La ferme Clarisse, donc inutile de passer par le magasin. Toutes les commandes doivent être passées au minimum 24 heures à l'avance. Et dès la semaine prochaine nous serons présents avec un cabanon au drive du Leclerc à Colmar. Nous avons aussi des partenariats avec les Grandes Surfaces, telles Cora Houssen, Super U à Munster ou encore l’Intermarché d’Orbey qui ont accepté d’emblée de prendre nos produits. Le Boucher Charcutier Michel Herrscher nous a proposés de livrer des asperges en même temps que ses livraisons, et le Chalutier en vend dans son magasin. Nous avons été sollicités aussi pour de la livraison à domicile, c’est impossible économiquement de livrer 1 ou 2 kg d’asperges.

On aperçoit et on évalue dans ces moments, la solidité de nos réseaux et nos bonnes relations et lorsque les clients se sont rués sur les œufs, grâce à notre partenariat avec la ferme Ketterer à Ostheim, nous en avions tous les jours. Nous travaillons avec 31 producteurs locaux : la Ferme du Schoultzbach, Champichoux, la Ferme Claudepierre, Les Escargots de Margaux, la Pisciculture Guidat, la Ferme du Houtrou, Terre d'Elsass, la Choucrouterie Meyer Wagner, Lisiane Chariot, Le Gaveur du Kochersberg, la Ferme du Bergenbach, Art boucherie, la Ferme Rolli, la Brasserie Sainte-Cru, la Ferme du Cerisier Japonais, la Ferme Didierjean, Le Rucher du Bonhomme, la Ferme du Bennevise, la Ferme Meyer, la Distillerie Miclo, la Ferme des Hetz, La Cabane à Farine, La Ferme chez Mathieu, Ferme du Busset, L'herbier des lutins, les Vergers du Rinken, la Bergerie de la Colline, la Ferme Michel, et Aux Sources du Heimbach.
Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klement
Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klement

Figurez-vous qu'on s’était posé la question de l’intérêt de récolter ou non ?
Mais c’est contre-nature pour un agriculteur de sacrifier sa récolte, même si elle ne rapporte rien. Et puis nous avons reçu des plants et il faut déjà planifier pour l’an prochain.

Tout ce que je peux dire c’est que nous allons tout faire pour limiter la casse. Il n’y aura pas de rentabilité cette année. J’ai écarté le raisonnement du chef d’entreprise et de la rentabilité, au profit de la sécurité et la protection des collaborateurs. 7000€ ont déjà été investis pour les plexis, le gel, les masques et les embauches supplémentaires car je disposerai des deux cueilleurs inexpérimentés au lieu d’un confirmé. Et nous n’allons pas pouvoir répercuter le coût de ces dépenses liées au Covid-19 sur nos prix de vente. Mais, il faut penser à demain, aux emplois et à la pérennité de l’entreprise.

"Tant que la santé nous préserve on continue. "

Tous les jours, je me dis ; « tiens une journée de gagnée ».
Le soir, en me couchant je suis souvent dépitée et le matin, je sais que n’ai pas le choix, il faut avancer. La pérennité de l’entreprise, des emplois et la récolte de l’an prochain en dépendent. Il faut tout faire pour garder le moral et l’énergie. Il faut être sur tous les fronts.

Je pense à ma sœur handicapée et à maman âgée qui ne comprend pas d'être traitée comme une "pestiférée". Tous les jours, on lui dépose ses repas et on l’appelle. Elle a besoin d’être rassurée. Ce qui m’amène à passer plus de temps avec ma famille et à prendre davantage soin d’eux. C’est une bonne chose. On révise nos fondamentaux. Depuis quelques jours, je prends le temps de déjeuner, de partager, de faire le vide, pour trouver un équilibre et donner un sens à mes journées. Il faut se donner les moyens de tenir le coup
On prend davantage soin de nous et des autres. On échange plus de mots gentils comme « merci », » tu me manques », « je t’aime ».

On communique avec les petits-enfants, ils nous envoie des dessins et on se rend compte qu’on ne voudrait pas passer à côté de l’essentiel de nos vies et profiter de ceux qu’on aime. Il y a toujours du positif dans le négatif. Le Coronavirus est une piqûre de rappel, il insuffle, malgré lui, une autre vison de la vie.

Propos recueillis par Sandrine Kauffer-Binz


La Ferme Clarisse
28 route des Vins
68240 Sigolsheim
Kaysersberg Vignoble
www.lafermeclarisse.alsace
Clarisse et ses deux filles Amélie (à gauche) et Pauline à droite  ©Sandrine Kauffer-Binz
Clarisse et ses deux filles Amélie (à gauche) et Pauline à droite ©Sandrine Kauffer-Binz



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