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11/01/2016

"Bonne année 2016 à vous!" par Daniel Zenner


Chers lectrices et lecteur de Julien Binz,
Depuis six mois je vous ai un peu délaissés. Pardonnez-moi. Je vous souhaiterai mes vœux en fin de chronique. Veuillez m'excuser, car j'étais au four et au moulin en même temps. J'ai travaillé sur un magazine bimestriel culinaire à parution nationale, dont le premier numéro devait sortir en Juillet-août 2016. On m'avait même propulsé rédacteur en chef et principal journaliste. En ce début d'année, je viens d'apprendre que le magazine "Le Bon Vivant" ne verra pas le jour. Les éditeurs qui m'ont cherché renoncent maintenant à financer le premier numéro. Me voici donc à nouveau libre d'écrire. Comme je veux et quand je veux.



Daniel Zenner au salon de l'agriculture en 2014
Daniel Zenner au salon de l'agriculture en 2014
Drôle de début d'année 2016. Voici plus de dix ans que j'anime pour la Chambre Régionale d'Agriculture (donc l'Alsace), le Salon International de l'Agriculture à Paris. Pendant dix jours, je cuisinais et mettais en valeur les produits de notre riche terroir. Chaque année, pour les médias, j'étais l'ambassadeur de l'Alsace gourmande. Quand il y avait des plateaux télé (FR3 Alsace, FR3 National avec Vincent Ferniot dans Midi en France, des RTL, des France Info, des journaux locaux, etc.) ,c'est moi qu'on envoyait au front pour parler de ce que je connais.

Cette année, sans fanfare ni trompette, on m'annonce que je ne suis pas retenu (sans m'avoir consulté...) et que c'est un Lorrain qui viendra animer l'espace Grande Région. Alors là, je me marre. Pas à cause du Lorrain car ça aurait aussi pu être un Champenois ou un Ardennais! Même un Vosgien! Mais que va-t-il pourvoir faire? Juste avec son micro? Rajouter du bruit sur du bruit ? Parler des innombrables produits de la "Grande Région"?

Puis j'apprends que le Mondial de la Bière programmé à Mulhouse en Janvier ne fera pas couler la moindre goutte de dive mousse. Les Canadiens, principaux organisateurs ont peur des attentats en France. Paris est donc bien le centre du monde.

Yasuaki Sato et Hui Ling Sato du Soleil Levant à Colmar et Daniel Zenner ©SandrineKauffer
Yasuaki Sato et Hui Ling Sato du Soleil Levant à Colmar et Daniel Zenner ©SandrineKauffer
Novembre: je suis parti au Japon. Seul. J'ai laissé mon portable sur mode avion pendant trois semaines. J'avais prévenu les gens que j'aime. Mon amie, mes enfants, mes proches, ma famille ne m'ont pas entendu pendant 20 jours. Comme dans le temps, sans Internet, sans téléphone, sans GPS, sans Google. Et croyez moi la vie continue à se vivre, encore plus belle. Car le temps s'écoule différemment. J'ai écrit de longues lettres à ceux que j'aime. Je leur racontais ce que je mangeais, ce que je découvrais: un peuple fascinant, une culture bouleversante, et probablement une des meilleures cuisines au monde. J'y suis d'ailleurs allé beaucoup pour cela. Et j'ai été gâté. Habituellement, je voyage sans appareil photo pour vivre mon aventure encore plus libre, et surtout pour laisser en paix les gens que je rencontre. Quoi de plus emmerdant qu'une séance photo du voyage en Thaïlande imposée par un couple de voisins ou la belle famille?
Mais je devais profiter de mon séjour dans ce fabuleux pays pour réaliser un reportage de huit pages sur la gastronomie du Japon dans le futur magazine...

J'ai donc des centaines de photos, des chroniques écrites sur la fabrication artisanale de la sauce de soja, sur mes escapades aux marchés de poissons. J'ai décrit mes errances dans les vergers du yuzu de Köchi, invité par un député de cette préfecture qui m'a promené, instruit, régalé. Et les promenades parmi les champs de thé vert de Shizuoka, les escapades dans les forêts de cèdres et de thuyas sous le couvert duquel pousse le shiitake. Le voyage est vécu, les photos sont là, les émotions restent intactes.

Je vous ferai donc profiter de mes aventures culinaires dans des prochaines chroniques sur Julien Binz!

"Bonne année 2016 à vous!" par Daniel Zenner
Mon retour du Japon fût assez brutal car j'attaquais le lendemain de mon arrivée en France, le marché de Noël de Colmar, enfermé durant cinq semaines dans une cabane à vin chaud.
Physiquement, pas de problèmes. En fin de semaine, les douze heures debout, souvent stressantes, ne m'ont jamais effrayées car à 55 ans, j'avais une carotte: déboucher au moins une grande bouteille par jour! Et aller dîner après le boulot dans les bons restaurants de Colmar, quand mon ami et moi n'étions pas trop lessivés...

Le plus dur à encaisser était de gérer la pression psychologique car les cons (même si l'on est toujours le con d'un autre) étaient aussi de sortie. Même si il n'y en avait que dix dans une journée où il m'arrivait de servir deux mille personnes sympathiques, ils étaient là, et on s'en souvient encore! Des Allemands qui trouvent le vin chaud trop sucré, d'autres trop froids, d'autres trop chauds. Les Italiens indécis qui démontent le stand et partent sans rien acheter; les Suisses Allemands suspicieux quant à la fraicheur de la tarte flambée, quelquefois trop ou pas assez cuite, trop ou pas assez d'oignons, avec sans lardons mais sans fromage blanc, roulée s'il vous plait comme une crêpe bretonne...

Je me suis fait insulté. Traité de voleur par des cons qui n'avaient pas la capacité intellectuelle de comprendre le concept de la consigne. Pris de haut par des Colmariens se sentant en territoire conquis, pris à parti par des autonomistes Alsaciens avant les élections, considéré comme un forain par la bourgeoisie locale et méprisé par les cons du Dimanche venu frimer en famille briller comme un paon au marché de Noël. J'ai même eu cette année un avocat qui exigeait un délai de rétraction de trois jours sur un verre de vin chaud. Si le vin n'était pas bon (entendez pas à son goût), il pouvait me le rendre dans les trois jours. Il exigeait impoliment de déguster le vin chaud avant l'acte de consommation! Je lui ai demandé si le cas était semblable quant à l'achat d'une tartelette au citron dans une pâtisserie. Exiger de goûter avant d'acheter.
Pour régler son problème, ce con argenté et arrogant n'a qu'à acheter la tarte au citron chez Thierry Mulhaupt plutôt qu'à Lidl.

J'ai déjà oublié les impolis, les imbus d'eux-mêmes, les fiers et les arrogants, ceux qui ne communiquaient que par gestes, considérant leur interlocuteur comme une boite de péage de parking. Et des "Salut chef!", des tutoiements de gens que je n'avais croisé, des blagues lourdes, grasses et souvent racistes à entendre...Heureusement, les Belges, nombreux comme chaque année, étaient là, prêts à me remonter le moral avec leur côté gaulois et bon enfant qu'on a un peu oublié en France. Jamais, un belge ne m'a manqué de respect.

Le Japon m'a donné la force de tenir, de ne pas sortir de la cabane pour étriper un con. Mais comment fait le personnel de salle dans les restaurants pour gérer les cons? Pourquoi n'y a-t-il pas plus de chef de rang, sortant de leurs gonds, pour achever à la fourchette un client méritant, renverser sur le chignon d'une pimbêche hautaine et méprisante le bol de consommé de pied de bœuf?

J'admire les métiers des gens de salle qui sont au contact des gens. Et si le client est roi, il est aussi quelquefois le roi des cons, sans le savoir: laissons-les donc dans l'ignorance et prenons sur soi! Mais tout cela s'apprend.

"Bonne année 2016 à vous!" par Daniel Zenner
Maintenant le calme est revenu. Je jouis du spectacle de la nature. J'aime les pluies et les brouillards d'hiver. Les sources coulent à nouveau. Le Sabat Mater de Vivaldi et la troisième symphonie de Gorecki me transcendent.

Cet été, j'ai écrit un nouveau livre: 50 recettes nouvelles et originales avec mes vingt plantes fétiches, celles que j'aime le plus, les plus parfumées, les plus abondantes, mes meilleures herbes et fleurs, mes amies. Le bouquin est chez l'éditeur et sortira ce printemps en même temps que les pâquerettes.

Au seuil de cette nouvelle année, je vous souhaite donc d'être un peu plus à l'écoute des autres.
D'être un peu plus Japonais tous les jours. C'est à dire de respecter celui qui est en face, quand celui-ci est respectable... d'être un peu plus poli, attentionné, souriant, respectueux.

Sourire ne coûte rien et fait autant de bien à celui qui le donne qu'à celui qui le reçoit.

Excellente année 2016 à vous!

Par Daniel Zenner

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